Welcome to the jungle (Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1830)

Welcome to the jungle (Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1830)
Il y a un débat en ce moment qui me tient à c½ur parce que je le subis tous les week-end, ou pour mieux dire une boulette médiatique qu'un porc qui sait comment faire parler de lui a fait éclater ; je veux parler de l'identité nationale et de toute l'hypocrisie qui l'entoure. C'est LA question tragi-comique par excellence, car personne, et c'est bien là que c'est drôle, pas même le ministre qui en est en charge ou les autres éminences du gouvernement qui ont crée ce ministère, ne savent ce que c'est que l'identité nationale. Aujourd'hui ce qui ressort de toute l'agitation et des accusations de racisme à peine voilées à l'encontre dudit ministre, c'est que nous avons là le genre parfait de notion vague aux relents populistes qu'un soir, avec quelques verres dans le nez, un conseiller du président a sorti du placard. Fédérons les communautés éclatées et post-68 sous la bannière bleu-blanc-rouge, comme ça tout le monde il sera beau, tout le monde il sera gentil. Sauf qu'un petit drapeau c'est un peu juste comme identité collective quand de l'autre côté les discriminations battent leur plein. Eh oui, c'est la crise, et bizarrement ça renforce le sentiment de supériorité du blanc-bec toujours prêt à rappeler que les métèques sont des pilleurs de la richesse nationale. Encore quand il y avait la croissance on n'y faisait pas trop attention aux bougnoules et aux rebuts de rizière (©), l'augmentation du pouvoir d'achat savait faire oublier leur présence, mais là ils vont trop loin, ce sont les gentils salariés Français de souche qui se tuent au travail et qui se font saigner le portefeuille en cotisant afin de maintenir les étrangers dans leur oisiveté, etc [...] la société d'assistés [...] l'insécurité [...] en résumé du discours, l'immigration. J'ai hésité, mais je pense bien que le plus facile pour faire de la politique ce n'est pas arrondir les angles en forme de consensus permanent pour donner à tous l'impression de ne pas se faire enculer (parce que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et qu'on vit chez les Barbapapa), mais c'est se nourrir de la colère quelque part légitime du peuple (chômage, baisse du pouvoir d'achat, précarisations...) tout en l'attisant par la stigmatisation d'un groupe qui devient la cause du mal, alors qu'il subit de la même manière voire plus fortement ce mal. L'ennemi à abattre c'est l'étranger. Mais là j'ai dérivé sur les raisons du succès politique de 2002 d'un certain JMLP.

J'en étais, comme le voulait notre Besson national, à savoir ce qu'est l'identité nationale. Si on se base sur l'histoire, ce qui semblerait logique puisque l'histoire est ce qui a construit les peuples et leurs sociétés, on tombe de haut. Il faut dire que parenthèse révolutionnaire à part, l'histoire de France c'est avant tout un millénaire et demi de féodalité et de monarchie, de croyance religieuse fervente, de guerres plus ou moins justifiées (quand les Anglais envahissent je veux bien qu'il faille se défendre, mais quand il s'agit d'aller trancher du musulman sans distinction entre hommes, femmes et enfants dans Jérusalem, une ville dont peu de métropolitains se souciaient avant qu'elle ne tombe entre les mains des infidèles, je trouve ça plutôt hypocrite). Si on basait l'identité nationale sur cette part là, il faudrait commencer par rétablir la religion d'Etat et convertir de force tous les agnostiques, athées, juifs, musulmans, animistes, bref tout le monde sauf les catholiques qui seront acceptés et les protestants qui seront massacrés. Je vous épargne ensuite les petits nettoyages ethniques, le sacre d'un roi qui concentre les pouvoirs (ce qui n'a rien à voir avec Sarkozy, je le dis tout de suite), et avec de la chance le rétablissement de l'esclavage. Ce n'est pas le genre de choses qui plaît dans une République.
Alors on passe à la suite, à la Révolution, en oubliant qu'elle a été sanguinaire elle aussi et profondément inégalitaire, que le seul moyen que la République chérie a trouvé pour appuyer ses bases c'est la guillotine en place de Grève et la guerre civile contre les opposants monarchistes. Ça ne plaît pas beaucoup plus de se dire que tout ce sur quoi repose notre aujourd'hui est rempli du sang d'autres Français qui eux aussi se sont battus pour leurs idées (du moins quand ils n'étaient pas embrigadés). Pour résoudre le problème, il semblerait qu'on a tranché. Au sens propre, car c'est vraiment du charcutage. On garde l'héritage républicain des IIIème, IVème et Vème républiques tout en exaltant l'effort de guerre prodigieux lors des deux conflits mondiaux et en gommant la parenthèse Pétain comme les affaires de racisme d'Etat style Dreyfus. On pique aussi la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 en tant que justification de la Révolution, mais bon faut pas dire qu'elle n'a été vraiment appliquée (et encore...) grosso modo que 150 ans plus tard. On récupère la Marseillaise en omettant de préciser que c'était le chant guerrier des joyeux troupiers qui allaient dépenailler du royaliste lors de la guerre civile déjà évoquée. On barbouille le tout de Culture avec un grand C, et peu importe que la plupart des grands auteurs du passés aient été monarchistes, antirépublicains, antisémites, racistes. On leur pardonne parce que c'était dans l'air du temps. Parce qu'ils étaient en avance au niveau de l'art on excuse leur panurgie au niveau de la pensée. C'est de cette manière, en occultant tout contenu politique derrière la littérature par exemple, que l'on peut étudier Céline et Balzac au lycée à côté de l'éloge continuel qui y est fait de la démocratie et de la citoyenneté républicaine. Le premier était un antisémite notoire convaincu de la nécessité de préserver la race. Il a eu l'occasion de collaborer avec Vichy, et d'aller jusqu'à écrire à Pétain qu'il n'en faisait pas assez question déportations. Laissez-moi rire. Le second était un légitimiste qui déplorait la monarchie constitutionnelle de la Restauration (et donc plus encore la république) en ce qu'elle limitait par la volonté de l'Homme les pouvoirs divins du souverain.

L'identité nationale est une notion hautement subjective qui sert à justifier la politique du moment. On sélectionne des morceaux épars qu'on rassemble et on la fait passer pour quelque chose qui sent la rose, a-politique, sans causes et en-dehors de la sphère du débat, car c'est le seul moyen de concilier autant de sensibilités différentes qu'il y en a en France. Exemple absurde : imaginons que l'on fasse rentrer le cassoulet dans l'identité nationale, très bonne idée, mais ce serait de la discrimination pour les musulmans. Donc on fait rentrer le cassoulet dans l'identité nationale mais on y enlève le porc pour ne pas « heurter la sensibilité » selon l'expression à la mode. Est-ce que c'est encore du cassoulet ? Non. Et c'est exactement pareil pour tout le reste que l'on évacue par la petite porte pour le plaisir d'avoir une bonne conscience républicaine, faite de sacrifices et d'omissions au nom du compromis.

Reste que jusqu'à présent ça passait, mais maintenant que nous avons le sentiment de nous faire prendre pour des buses par Besson, est-ce que ça continuera ? Avec de la « chance », on va avoir droit à un retour en force du communautarisme et donc de la haine raciale pour palier à l'incapacité gouvernementale de satisfaire tout le monde. Le moins que ce plouc aurait pu faire, c'est ne pas dévoiler les limites de son action.

J'aurais préféré en savoir moins long sur ces "chroniques de la haine (raciale) ordinaire". C'est le poids de la fraternité.

Oh et bien sûr je ne voudrais pas devenir paranoïaque, mais les articles qui disparaissent tous seuls au bout de 5 jours et que je dois reposter, ça a un vieux relent de censure venant d'un sale con qui ne veut voir que les mots "chinetoques" et "bougnoules" et qui au lieu de saisir le sens des choses s'arrête aux signes qui l'intéressent. Un peu comme un autre article il y a trois ans où la photo était une croix gammée, et peu importe qu'elle soit barrée et que le message était précisément inverse à l'idéologie. Les pires cons, ce sont ceux qui se vantent de bien faire.
Parenthèse paranoïaque refermée, un peu de catharsis de temps en temps ça fait du bien aussi.
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# Posté le mercredi 04 novembre 2009 15:08

Déjà-vu

Déjà-vu
Déjà-vu... Ce n'est pas seulement une chanson d'Iron Maiden (et de Beyoncé U__u) mais aussi l'impression la plus étrange qui soit, celle d'avoir vécu par le passé ce que l'on est en train de vivre dans le présent. Du genre « je suis sur les chiottes en train de feuilleter le tout nouveau catalogue Ikéa (c'est pour faire descendre la grosse commission) et cette table-basse en hêtre, super promo page 54, me dit quelque chose ». Ou mieux, du genre : « tiens cette lettre me rappelle un tas de trucs comme si ce n'était pas la première fois que je merdais et créais des problèmes en voulant en résoudre ». Wé, plutôt ce genre, goût (auto)reproches et senteur Manon : à mi-chemin entre la sodo et la douceur (les deux sont conciliables peut-être ?).

Faisons une petite histoire du narcissisme, elle-même narcissique dans ses ramifications. C'est vrai que ça fait toujours mieux de reconnaître ses torts, ça permet de balayer les reproches que l'on se voit adresser par un dédaigneux : « mais ça, je le sais déjà ». Comme si c'était moins grave de faire le mal en toute connaissance de cause. Passons.
Il fut un temps (que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître) où j'étais chaud pour me lancer dans une diatribe exaltant les travers qui m'ont coûté des amis et mon estime personnelle. Il n'y a rien de mieux pour se remettre en selle que de tout dégorger en un flot continu. Alors j'ai dit, pensé, aimé pour le peu de bien que ça a fait, de la pré-adolescence à la post-adolescence par tous les états et toutes les nuances pour un seul résultat final : pré et post peut-être mais Adolescence quand même, naïveté, rêves, désirs, sincérité niaise, dissimulation honteuse. Le pitoyable constat de ce qui m'a (et me) fait a une action vomitive irrépressible à force de faire remonter des îlots de sentiments risibles aveugles à la réalité des passions. Un peu de compassion et je sens l'arrière des joues qui me piquottent, un peu « d'amitié sous couverture » en plus et ce sont mes amygdales qui commencent à danser la java pour éviter le déluge qui se prépare, et pour finir parlons « d'amour » et le tout sort en un flot parsemé ici et là de morceaux non digérés permettant de reconstituer le repas. C'est là que le médecin a diagnostiqué une intoxication alimentaire à base de mièvreries. Comme remède il m'a même conseillé un bon régime d'auto-flagellation, ça aide à mieux digérer.

Vraiment, perdre le prix que l'on se porte est tout le contraire d'une cure de modestie, cela pousse à s'imaginer au-dessus de tout dans la bassesse, du genre : « laissez-moi être la merde que je suis et transgresser les interdits pour étancher la soif que j'ai de confirmer tout le mal que je pense de moi ». Facile, c'est un raccourci plus que commode que j'étais prêt à prendre, et que j'ai partiellement pris, pour la bonne raison qu'il a déjà prouvé par le passé son efficacité. Efficacité pour soi évidemment puisque c'est un affranchissement personnel des contraintes, mais pas pour les autres alentour qui subissent cette vague d'irresponsabilité justifiée par la simple connaissance de son mal. C'est de la névrose en bonne forme cultivée par des évènements extérieurs que je n'ai pas su gérer, la faute à l'âge, la faute au manque de préparation. Au fond on a tous un côté malade mental.

Sauf que là, pour rendre justice à une femme qui en aurait besoin, il ne faut pas être concentré sur soi plus que le temps de saisir toutes les subtilités de ses erreurs pour espérer ne pas les commettre encore sous des formes renouvelées. Je parle, je parle et je tourne en rond, et tous croient que je le fais pour moi et le plaisir de m'imaginer intelligent, plaisir réel dans sa futilité mais terriblement secondaire. Cet article fait partie de ceux nécessaires pour montrer, ce à quoi je tiens, que tous ne marchent pas seuls dans les méandres de l'esprit et la solitude de la réflexion. Que quelques-uns peuvent se retrouver en eux en se retrouvant dans les autres. Qu'il y peut y avoir malgré l'incommunicabilité des consciences une espèce de point commun dans la manière de penser le monde ou de vivre les choses. Que l'expression de son être peut être la plus belle chose comme la plus terrible mais que rien ne peut enlever ce qui nous fait Homme, outre la connerie : l'attachement à des semblables, peu importe leur état d'esprit du moment. Alors narcissique peut-être, mais toujours petit devant l'Éternel(le).
Le reste se passe de mots, ce serait de la pornographie de déblatérer sur ce qui ne m'appartient pas.

Je suis preneur de toute plainte pour non respect du droit à l'image, image sur laquelle je suis tombé pendant ces vacances un soir de no-liferie poussée où c'est le lien hypertexte qui détermine la recherche. C'est pas comme si j'avais pas hésité à la mettre, mais ça serait un comble de ne pas poster une photo de toi quand c'est de toi qu'il s'agit. La dimension est au niveau de mes regrets, ce qui ne rachètera jamais rien. Ça, tu le sais déjà.

Et pour ne pas être ambigu... Je ne demande qu'à ravoir de tes nouvelles si à ton tour tu veux bien m'en redonner.
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# Posté le mardi 20 octobre 2009 15:56

Permis de conduire, permis de vivre, permis de mourir.

Permis de conduire, permis de vivre, permis de mourir.
Avoir une 106 XND pour premier contact avec la conduite (le pilotage dira-t-on) c'est avoir l'art d'en faire beaucoup avec peu, tellement peu d'ailleurs qu'il est difficile d'en faire trop. C'est vrai que 50 chevaux diesel avec rupteur à 3750 tr/mn, ça fait serré même pour 900 kilos quand la moindre Peugeot moderne en fait minium 70 avec bien 300 tours de plus avant la zone rouge. Mais c'est ce qui permet de se concentrer sur les essentiels de la conduite propre à base d'absence d'électronique, à l'oreille, sans compte-tours, avec la direction (non assistée) récalcitrante quand l'angle de la dérive est trop important et les rétrogradages qui font mal aux pignons.
On ne devrait pas oublier ces temps pas si lointains où l'automobile était encore un sport à proprement parler, avant qu'elle ne devienne automatiquement assistée dans son allure, ses changements de vitesse, ses suspensions, son freinage, son GPS et même son volant qui la fait se garer toute seule comme une grande... On regarde plus et on fait moins, en perdant la subtilité du blocage de roue en entrée de courbe et autres joyeusetés tendant à disparaître sur la voiture de monsieur tout le monde, qui gagne en accessibilité ce qu'elle perd en sensations. Merveilleux XXI siècle que celui de l'aseptisation sous toutes ses formes ! À titre d'exemple on en est rendus à créer pour les pays occidentaux des pilules comme substituts alimentaires pour ceux qui n'ont « pas le temps » de manger, comme si les vitamines, sels minéraux, calories... essentiels à la survie devaient devenir indolores. Ce qui revient à postuler que pour certains l'économie du temps ou de la graisse prime sur les plaisirs premiers, voire dans un registre plus général que l'attention compatissante qu'ils attirent par leur différence les fait poursuivre leur déviance. Hein Carine (pour la compassion) ? Hein Moi (pour la déviance) ? Et la jeune femme de répondre : « une pseudo analyse bâclée n'est pas près de nous faire comprendre la complexité répugnante du genre humain ». Ou pour faire plus court : « Oh vous faites chier ! »

Bref, parenthèse à part il s'agit juste de foncer sciemment vers la mort au prochain tournant mais de lui dire d'aller se faire mettre pour cette fois, parce qu'en dosant le freinage les roues extérieures ont repris le grip juste avant de t'envoyer dans le fossé. C'est fat, tu connais les limites, ça passe. C'est inutile aussi, l'apanage du blasé qui n'a rien à perdre et ne sait sentir le prix de la vie qu'en allant titiller la faucheuse. Mr Darnaud, futur retraité de l'enseignement philosophique, avait raison en ce sens que l'action est toujours préférable à l'inaction. Affrontez le problème ou fuyez-le si vous n'êtes pas assez forts, mais ne restez pas attentiste par lâcheté ou ignorance. De toute manière, pour avancer il faut faire éclater les contradictions (© K. Marx). Et puisque le temps est désormais à l'action, est-ce qu'une épingle en aveugle mal négociée sera la clé du problème de l'auto-compréhension ? Après autant de diatribes contre l'irrationalité destructrice des penchants humains je vois mal qui peut croire à ma crédibilité sur ce sujet. Au moins j'ai le bon sens de porter ma croix vers le Golgotha sur des routes désertes.

Mais qui a encore besoin de mots en voulant décrire des choses qui ne font que se ressentir ? L'art de perdre son temps quand on en a déjà beaucoup à perdre, fac oblige.

=> Narcissisme des petites différences Freudien.
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# Posté le lundi 28 septembre 2009 17:51

Modifié le lundi 28 septembre 2009 18:07

La tentation de l'innocence (image : Rembrandt, le sacrifice d'Isaac, 1635)

La tentation de l'innocence (image : Rembrandt, le sacrifice d'Isaac, 1635)
Les vacances c'est bien, presque reposant en fait. Le temps de se demander ce qui est leur propre, de ne rien faire ou de faire semblant de ne rien faire pour copier la norme, qu'elles sont quasiment finies. De fait, ce qu'il y a de bien avec le temps c'est qu'il n'a pas besoin d'être rempli pour passer, indépendant qu'il est de nous tous. Ne seraient ces accidents propres aux relations, puisque l'Homme est fier de montrer qu'il est con et surtout plus con que son voisin, c'est un temps étrange déconnecté du reste de l'année par la sérénité morale qu'il impose. On ne s'y projette pas dans l'avenir, on se contente d'y goûter le présent quel que soit son goût. Qui vit autrement ses vacances ne peut décemment en profiter, englué qu'il est dans l'obsession du moderne : l'optimisation de la moindre minute.
Donc, entre deux prises de bec qui sont la confrontation d'égoïsmes naissants, nous avons enfin l'occasion de laisser notre regard vagabonder, nos pensées avec lui, tout notre être. Hélas par regard, pensées, être, je ne parle pas d'un regard déshabilleur et du fantasme d'un coït anal sur la jeune pucelle plagiste qui lance une séance de masturbation publique. Non je parle de quelque chose de plus subtil et de plus con à la fois : se remettre à une lecture régulière, bannie depuis l'avènement de l'université, de son travail, de ses « loisirs ». C'est ainsi qu'après avoir fait un come-back improvisé et tonitruant en pleine campagne et qu'avant de me lancer dans la résurrection ratée (et incomprise) d'une relation platonique (et incomprise elle aussi), j'ai retrouvé entre Rousseau et Beckett ce petit livre : La Tentation de l'innocence, de Pascal Bruckner.
Un livre qui vous fait bien comprendre que le mode de vie occidental a porté à son paroxysme l'idée de la Rome de César, à savoir : « du pain et des jeux ». Le consumérisme s'occupe du premier, les médias des seconds. C'est en quoi la société bien pensante qui se dit construite sur la liberté et l'égalité, sans compter la fraternité, n'a consisté qu'en un léger basculement de l'ancien régime. La masse est aujourd'hui sciemment dégénérée, alors qu'avant elle était seulement ignare par vocation divine, pour permettre l'assise de quelques-uns au plus haut niveau qui se gargarisent avec leur bonne conscience du moindre tourment infligé à la lie qu'ils maintiennent dans la bassesse. Sur ce sujet, il n'y a qu'à voir les lamentations tragiques de Laurence Parisot qui, à défaut d'avoir de la sincérité dans ses opinions, a compris au contraire de son prédécesseur qu'on ne rend pas la sodomie douce sans vaseline.
Le jeu politique consiste de manière générale à une vaste manipulation de l'idée que s'en font les gens, manipulation rendue d'autant plus facile par le travail de sape culturel et de désinformation de l'industrie du divertissement. Qu'est-ce que la société démocratique sinon la concomitance d'intérêts personnels puissants qui manipulent la volonté générale ? Sur ce point l'utopie démocratique que devait être le pouvoir « du peuple, par le peuple et pour le peuple » (Lincoln) ne diffère pas vraiment du système archaïque qu'elle était censée remplacer. À ceci près que les gains de libertés individuelles conjugués à l'effondrement des institutions traditionnelles (Royauté, Religion, Famille dans une moindre mesure...) ont développé un phénomène tout à fait saisissant : l'innocence.

Que ce soit par infantilisme ou victimisation, la tendance est à se défiler de ses responsabilités et à adopter la logique du passager clandestin, c'est-à-dire de bénéficier des avantages promis sans en avoir les inconvénients. L'Etat-Providence a été sucé jusqu'à la moelle dès que l'espoir d'un avenir meilleur a disparu avec la fin des Trente Glorieuses, la société et la mentalité d'assisté sont nés de la peur de la récession donc du trop grand crédit qui est accordé à la croissance économique. Aujourd'hui encore c'est vérifié ; les replis individualistes ne sont jamais aussi forts que lorsqu'on s'imagine que la fin du monde approche. En cela nous occidentaux sommes les Témoins de Jéhovah de l'économie, manipulés par des chiffres et par des faits, apeurés par des prophéties auxquelles on ne comprend rien. C'est de bonne guerre, il y a trop de tout, au point que l'on a peur d'un petit rien.
On pourrait objecter que chacun fait ce qu'il veut, puisque c'est le fondement de la société démocratique. Parenthèse à part, ce serait oublier que l'autre fondement de la société démocratique qui découle directement de cette liberté est le civisme, la volonté de chacun d'accepter un pacte pour adhérer à elle et de lui rendre un tant soit peu en contrepartie ce qu'elle nous donne. N'oublions pas qu'Hitler a été élu par la crudité de son penchant victimaire (nous Allemands sommes envahis, nous sommes victimes des métèques qui spolient notre espace vital etc...) qu'il a retourné en brutale volonté de puissance nationaliste, que Staline a fait de même en présentant les communistes comme les nouveaux persécutés, que Milosevic a fusionné les deux approches de la brute et du paria pour justifier de son épuration ethnique en ex-Yougoslavie, et que pour finir pas une de ces causes modernes qui se dit de la défense des opprimés ne peut s'empêcher de faire un parallèle avec les Juifs de la seconde guerre mondiale. C'est vrai qu'il y a beaucoup d'obèses, de femmes, d'hommes, d'adolescents en crise, de Yorkshires, d'automobilistes, de religieux, de Français de souche et j'en passe qui sont brûlés, torturés, humiliés, utilisés comme cobayes de la « science », découpés, affamés, exécutés, gazés, incinérés ou ensevelis par camions entiers dans des fosses communes. Il n'y a pour se convaincre des dérives qu'à se référer à la définition du mot génocide à chaque fois, et elles sont nombreuses, qu'il est employé : « n.m. (grec genos, race, et latin caedere, tuer). Crime contre l'humanité (je précise que cela veut dire crime contre le fait d'être Homme, d'être né membre d'un groupe) tendant à la destruction de tout ou partie d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux. » (Larousse 2005). À faire passer pour insupportable la souffrance de monsieur tout-le-monde inhérente à sa condition d'Homme, ce sont les vrais déshérités et exclus qui sont discrédités et qui n'ont plus que la violence pour seul moyen d'attirer l'attention de l'opinion, eux que l'on condamne évidemment, car les agitateurs ne sont pas ceux qui fuient leur réalité mais ceux qui troublent l'échappatoire commode des autres.
Peu importe que ce soit celui qui veut tout, tout de suite et toujours plus (l'infantile) ou celui qui oppose son « malheur » en guise d'explication au moindre reproche (la victime), les deux sont l'incarnation de la facilité permise et même encouragée par notre beau système, les prémices également de sa lente agonie. Bientôt il faudra un homme fort pour recadrer ces dérives libertaires, un Napoléon moderne, un Pétain, un Mao Tsé-toung, un Pol Pot qui imposera son système sécuritaire, paternaliste et liberticide sous la promesse d'une vie meilleure. Il faut dire que certains l'auront bien cherché, et que ceux qui trouveraient à s'en plaindre feraient aussi bien d'examiner leur trou du cul avant de crier haro sur celui des autres.
Oui, les vacances sont quasiment finies, et putain ça manque de culs à concasser.
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# Posté le vendredi 14 août 2009 18:54

Modifié le dimanche 16 août 2009 13:30

18 piges

18 piges
18 piges, ça sonne bizarrement, encore que ce soit pour la seule raison que Giscard ait décidé d'abaisser l'âge de la majorité pour se mettre la jeunesse dans la poche. Jeunesse qui aura tôt fait de l'enculer en 81, mais c'est une autre histoire. 18 piges, ça te lance des éclats dans la gueule à toute volée pour te dire que c'est le début de la fin ; le début des responsabilités et la fin de l'enfance... en théorie du moins.

Dans les faits ça ne veut rien dire. On a la maturité ou on ne l'a pas, ce n'est pas en un jour que l'on devient un homme. 18 piges, c'est devenu un prétexte comme tout anniversaire ou toute célébration vide de ce sens que nous y mettons (cf Noël, nouvel an...) pour communier en famille ou entre amis. Nos relations sont à ce point fluctuantes et creuses qu'il faut des points stables pour qu'on se rassure sur elles. C'est bon de se sentir aimé, un peu moins de se demander pourquoi on ne voit ces gens qui nous sont si chers que trois fois l'an. Peut-être qu'au final on se branle de tonton et mémé sauf à l'heure des cadeaux. Idem pour le pote dédé, adorable tant qu'il n'est pas à court de bibine, emmerdeur fini dès qu'il vient seulement squatter. C'est la foule du vide rassemblée autour d'un noyau incapable de se rendre compte de sa niaiserie. Mieux vaut dans ce cas ne pas avoir de foule du tout ; au moins de ce côté je suis gâté.

Donc, dans l'espoir que notre éducation familiale et scolaire ait été bien menée, nous sommes maintenant des citoyens raisonnables, des hommes libres car éclairés. Mais bien sûr... Pour mieux appuyer l'importance de cet âge on nous livre en plus tout un barda de droits et de devoirs, pour que l'on se fasse bafouer dans les uns et que l'on ne respecte pas les autres. Sérieusement, qui est allé voter aux Européennes ? Et mieux : aurait-on encore besoin de lois si nous étions si raisonnables ?

La majorité, c'est l'illusion légale de maturité, avec la croyance puérile qu'avoir la première entraînera la seconde. Et tous concordent cependant sur l'importance du non-évènement que constitue la 18ème année, d'un côté parce que l'on veut se montrer plus démocratique (ce qui ne veut en aucun cas dire plus pédagogue) que son pays voisin, et de l'autre parce qu'avoir le permis de conduire, d'acheter de l'alcool et d'aller au sex-shop trois ans plus tôt ça n'a pas de prix. « Aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre des années » paraît-il. La connerie non plus.

Nous sommes donc fiers de vous faire un bras d'honneur qui va tourner au fist-fucking. Ça y est, nous sommes des hommes, et pour montrer notre mérite nous allons demander à la société tout ce que nous n'avons pas eu le temps de lui donner. À nous études inutiles, allocations multiples, je m'en foutisme à tours de bras, incivisme à tous les étages. Oui, ça y est nous sommes majeurs et personne ne voit la différence. Les jeunes adultes restent de vieux ados, comme la vieille merde ne sent pas autre chose que la merde fraîche (en moins fort il est vrai).

Nous en revenons donc au problème de départ, à savoir la célébration en elle-même. Si rien ne change ou si peu, pourquoi se casser le cul à la faire passer pour la fin d'une vie et le début d'une autre – c'est-à-dire ce qu'elle n'est précisément pas ? Le 18ème anniversaire n'en est qu'un parmi d'autres, où l'on réussit à se convaincre avant tout par manque de courage pour affronter l'avenir, que rien ne sera plus comme avant. C'est à gerber de voir cette liesse courir par les rues et les fêtes. Aurait-on besoin d'en faire autant si en temps normal on ne ressentait pas le besoin de se faire aimer ? Il faut croire que ces hommes et ces femmes sont bien malheureux ou bien bornés pour vivre si allègrement un seul jour dans leur vie. Sinon, qu'ils reconnaissent que rien n'a moins de sens et de légitimité qu'un anniversaire.

Ceci mes enfants, est une chronique de la haine ordinaire. On peut tout critiquer quand on n'a rien. On peut également ne rien voir d'autre que ce qu'on nous impose ; chacun sa merde, j'ai choisi la mienne et me complais à m'y vautrer, mention ou non, père ou non, 18 ans ou non. Parce qu'aimer aussi ça s'apprend, et que trop meurent sans avoir pris la peine de vivre.

« Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie » © Paul Valéry
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# Posté le lundi 22 juin 2009 03:40