J'en étais, comme le voulait notre Besson national, à savoir ce qu'est l'identité nationale. Si on se base sur l'histoire, ce qui semblerait logique puisque l'histoire est ce qui a construit les peuples et leurs sociétés, on tombe de haut. Il faut dire que parenthèse révolutionnaire à part, l'histoire de France c'est avant tout un millénaire et demi de féodalité et de monarchie, de croyance religieuse fervente, de guerres plus ou moins justifiées (quand les Anglais envahissent je veux bien qu'il faille se défendre, mais quand il s'agit d'aller trancher du musulman sans distinction entre hommes, femmes et enfants dans Jérusalem, une ville dont peu de métropolitains se souciaient avant qu'elle ne tombe entre les mains des infidèles, je trouve ça plutôt hypocrite). Si on basait l'identité nationale sur cette part là, il faudrait commencer par rétablir la religion d'Etat et convertir de force tous les agnostiques, athées, juifs, musulmans, animistes, bref tout le monde sauf les catholiques qui seront acceptés et les protestants qui seront massacrés. Je vous épargne ensuite les petits nettoyages ethniques, le sacre d'un roi qui concentre les pouvoirs (ce qui n'a rien à voir avec Sarkozy, je le dis tout de suite), et avec de la chance le rétablissement de l'esclavage. Ce n'est pas le genre de choses qui plaît dans une République.
Alors on passe à la suite, à la Révolution, en oubliant qu'elle a été sanguinaire elle aussi et profondément inégalitaire, que le seul moyen que la République chérie a trouvé pour appuyer ses bases c'est la guillotine en place de Grève et la guerre civile contre les opposants monarchistes. Ça ne plaît pas beaucoup plus de se dire que tout ce sur quoi repose notre aujourd'hui est rempli du sang d'autres Français qui eux aussi se sont battus pour leurs idées (du moins quand ils n'étaient pas embrigadés). Pour résoudre le problème, il semblerait qu'on a tranché. Au sens propre, car c'est vraiment du charcutage. On garde l'héritage républicain des IIIème, IVème et Vème républiques tout en exaltant l'effort de guerre prodigieux lors des deux conflits mondiaux et en gommant la parenthèse Pétain comme les affaires de racisme d'Etat style Dreyfus. On pique aussi la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 en tant que justification de la Révolution, mais bon faut pas dire qu'elle n'a été vraiment appliquée (et encore...) grosso modo que 150 ans plus tard. On récupère la Marseillaise en omettant de préciser que c'était le chant guerrier des joyeux troupiers qui allaient dépenailler du royaliste lors de la guerre civile déjà évoquée. On barbouille le tout de Culture avec un grand C, et peu importe que la plupart des grands auteurs du passés aient été monarchistes, antirépublicains, antisémites, racistes. On leur pardonne parce que c'était dans l'air du temps. Parce qu'ils étaient en avance au niveau de l'art on excuse leur panurgie au niveau de la pensée. C'est de cette manière, en occultant tout contenu politique derrière la littérature par exemple, que l'on peut étudier Céline et Balzac au lycée à côté de l'éloge continuel qui y est fait de la démocratie et de la citoyenneté républicaine. Le premier était un antisémite notoire convaincu de la nécessité de préserver la race. Il a eu l'occasion de collaborer avec Vichy, et d'aller jusqu'à écrire à Pétain qu'il n'en faisait pas assez question déportations. Laissez-moi rire. Le second était un légitimiste qui déplorait la monarchie constitutionnelle de la Restauration (et donc plus encore la république) en ce qu'elle limitait par la volonté de l'Homme les pouvoirs divins du souverain.
L'identité nationale est une notion hautement subjective qui sert à justifier la politique du moment. On sélectionne des morceaux épars qu'on rassemble et on la fait passer pour quelque chose qui sent la rose, a-politique, sans causes et en-dehors de la sphère du débat, car c'est le seul moyen de concilier autant de sensibilités différentes qu'il y en a en France. Exemple absurde : imaginons que l'on fasse rentrer le cassoulet dans l'identité nationale, très bonne idée, mais ce serait de la discrimination pour les musulmans. Donc on fait rentrer le cassoulet dans l'identité nationale mais on y enlève le porc pour ne pas « heurter la sensibilité » selon l'expression à la mode. Est-ce que c'est encore du cassoulet ? Non. Et c'est exactement pareil pour tout le reste que l'on évacue par la petite porte pour le plaisir d'avoir une bonne conscience républicaine, faite de sacrifices et d'omissions au nom du compromis.
Reste que jusqu'à présent ça passait, mais maintenant que nous avons le sentiment de nous faire prendre pour des buses par Besson, est-ce que ça continuera ? Avec de la « chance », on va avoir droit à un retour en force du communautarisme et donc de la haine raciale pour palier à l'incapacité gouvernementale de satisfaire tout le monde. Le moins que ce plouc aurait pu faire, c'est ne pas dévoiler les limites de son action.
J'aurais préféré en savoir moins long sur ces "chroniques de la haine (raciale) ordinaire". C'est le poids de la fraternité.
Oh et bien sûr je ne voudrais pas devenir paranoïaque, mais les articles qui disparaissent tous seuls au bout de 5 jours et que je dois reposter, ça a un vieux relent de censure venant d'un sale con qui ne veut voir que les mots "chinetoques" et "bougnoules" et qui au lieu de saisir le sens des choses s'arrête aux signes qui l'intéressent. Un peu comme un autre article il y a trois ans où la photo était une croix gammée, et peu importe qu'elle soit barrée et que le message était précisément inverse à l'idéologie. Les pires cons, ce sont ceux qui se vantent de bien faire.
Parenthèse paranoïaque refermée, un peu de catharsis de temps en temps ça fait du bien aussi.

